angélique aubrit et ludovic beillard

vagues noires

Les artistes Angélique Aubrit et Ludovic Beillard ne se perçoivent
pas comme un duo et préfèrent voir leurs collaborations
occasionnelles, comme des « discussions » aboutissant à des
œuvres communes. Les œuvres d’Angélique Aubrit sont très
souvent réalisées en textile – suivant les principes Do It Yourself
– autant par nécessité que pour l’esthétique qui en ressort. Ses
créations figurent des narrations de personnages flottants,
présents ou absents, affectés par des situations sociales
décevantes, voire désespérantes. Inspirés du cinéma de genre
et de philosophie récente, ses axes narratifs sombres prennent
corps dans des créations informes, liquéfiées ou affalées. Il y
apparaît une destruction soft dans des tissus de soie brillante
bon marché, semblant tout droit sortis d’un intérieur kitsch de
pavillon américain de classe moyenne des années 70. Il règne
alors un état psychologique névrosé, proche de la folie, mais qui
ne se laisserait pas observer de l’extérieur, parce qu’il concerne
autant l’observateur que l’observé. Car l’artiste ne retient pas le
visiteur à distance dans ses environnements. Elle l’inclut au
malaise comme partie prenante, comme si chaque œuvre
semblait dire à celui qui la rencontre : « cela pourrait être toi... ».
Pourtant, Angélique Aubrit se refuse à tout pessimisme et il
s’agit ici d’accepter un état civilisationnel, une réalité, afin d’en
écrire les nouvelles formes de défoulements collectifs.
L’art de Ludovic Beillard mène vers un univers où se conjuguent
récits, légendes, théâtre de l’absurde et imaginaires médiévaux
avec notre époque contemporaine dans ce qu’elle a de plus
brutale et brumeuse : l’artiste recherche chez ses contemporains
la manière dont évoluent et s’extériorisent les cas de personnes
cherchant à s’écarter de la société, tels qu’autrefois, les moines
franciscains, les recluses et aujourd’hui, les personnages «
illuminés », les hommes taupes vivant dans les sous-sols des
villes, etc. Il s’intéresse plus particulièrement à la manière dont
ceux-ci se bâtissent leur environnement de vie en fonction de
leurs moyens, créant de véritables décors d’un théâtre dont ils
seraient les seuls spectateurs. Il y a donc chez Ludovic Beillard
quelque chose de la mise en scène anxiogène, de l’attitude
grotesque, des sons lugubres, une sorte de Gesamtkunstwerk[1],
mais moins flamboyante que chez Wagner : les sensations sont
plus telluriques chez l’artiste, terreuses, comme enfouies dans la
glaise humide de laquelle jaillissent souvent des sculptures.

On ne trouve pas d’envolées lyriques dans l’univers de l’artiste, mais une envolée inversée vers un individualisme psychotique cherchant une vaine échappatoire à travers lui-même. Si les créations sont totales et généreuses, prises dans des expositions fonctionnant comme des unités dans lesquelles chaque œuvre se veut un vers du poème, elles enfouissent dans un terrier kafkaïen ou vers des bas-fonds, tels ceux que l’artiste consulte sur les vidéos d’Urbex [2].

Elle construit ses œuvres comme des mirages qui brouillent les frontières entre réel et imaginaire. Dans ses installations, le spectateur est tantôt guidé ou perdu par un jeu d’indices qu’elle dissémine. Elle est parfois faussaire ou professeure de recherche sur une civilisation perdue et inventée. Elle fabrique des œuvres qui sont issues d’un rêve et les importe dans l’espace d’exposition comme si elles provenaient d’une réalité autre, d’un univers
inconscient rendu tangible. Par l’immersion et la narration, elle plonge le spectateur dans un monde distordu, aussi contemplatif que déroutant.

Ensemble, ils partagent ce goût pour ces univers et notamment pour la commedia dell’arte, le mime, les spectacles de marionnettes, différentes formes de théâtre populaire, de même que pour les états émotionnels, la dépression, le deuil, les ambiances funèbres. À l’occasion de leur résidence à Lindre- Basse, les artistes élaboreront ce qu’ils envisagent comme un théâtre itinérant, dont ils seront les metteurs en scène, les costumiers et accessoiristes. Ils souhaitent s’inspirer de la notion de « village » au sens large afin de composer une chambre-refuge, dans laquelle les spectateurs seront invités à pénétrer et à découvrir un ensemble de personnages, d’objets étranges, habités par une cohorte d’esprits évanescents. Il a beaucoup sauté dans le vide, ou plus précisément il a appris à traverser des paysages par l’apprentissage du saut en parachute; d’abord
par le ciel et puis Par la terre, dans les grottes, les forêts, les villes. Il explore avec attention, écoute et partage ces lieux qu’il traverse, pour leur rendre le soin et l’histoire qu’ils oublient parfois de se donner eux-mêmes.

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